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Si encore, au
prix de sa dignité, de son honnêteté et de son libre arbitre, l'homme
pouvait tirer du haschisch de grands bénéfices spirituels, en faire
une espèce de machine à penser, un instrument fécond ? C'est une
question que j'ai souvent entendue poser, et j'y réponds.
D'abord, comme
je l'ai longuement expliqué, le haschisch ne révèle à l'individu
rien que l'individu lui-même. Il est vrai que cet individu est pour
ainsi dire cubé et poussé à l'extrême, et comme il est également
certain que la mémoire des impressions survit à l'orgie, l'espérance
de ces utilitaires, ne paraît pas au premier aspect tout à fait
dénuée de raison.
Mais je les
prierai d'observer que les pensées, dont ils comptent tirer un si
grand parti, ne sont pas réellement aussi belles qu'elles le paraissent
sous leur travestissement momentané et recouvertes d'oripeaux magiques.
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Elles tiennent
de la terre plutôt que du ciel, et doivent une grande partie de
leur beauté à l'agitation nerveuse, à l'avidité avec laquelle l'esprit
se jette sur elles.
Ensuite, cette
espérance est un cercle vicieux : admettons un instant que le haschisch
donne, ou du moins augmente le génie, ils oublient qu'il est de
la nature du haschisch de diminuer la volonté, et qu'ainsi il accorde
d'un côté ce qu'il retire de l'autre, c'est-à-dire l'imagination
sans la faculté d'en profiter.
Enfin il faut
songer, en supposant un homme assez adroit et assez vigoureux pour
se soustraire à cette alternative, à un autre danger, fatal, terrible,
qui est celui de toutes les accoutumances. Toutes se transforment
bientôt en nécessités.
Celui qui aura
recours à un poison pour penser ne pourra bientôt plus penser sans
poison. "
OEuvres complètes
I / Bibliothèque de la Pléiade / nrf Gallimard 1975, p. 440
Un
autre texte-choc de Baudelaire sur le haschisch et le vin


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