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Les
experts scientifiques font observer que la marijuana est bien plus
cancérigène que le tabac.
Ainsi quand
les dérivés du chanvre sont fumés, la pyrolyse engendre de nombreux
autres produits. La fumée issue d'une cigarette de marijuana contient
nettement plus de benzanthracène et de benzopyrène, hydrocarbures
cancérigènes, que celle produite par une cigarette de tabac d'un
poids égal.
Des comparaisons
douteuses
Aussi permettez-moi
une petite réflexion sur les conclusions du rapport Roques : le
cannabis est moins grave que l'alcool ou le tabac. Que compare-t-on
au juste ? S'il s'agit de comparer entre l'expérimentateur occasionnel
d'un joint avec un malade qui meurt d'un cancer du poumon, évidemment
c'est moins grave. S'il s'agit d'évaluer les morts que nous aurons
dans 20 ans et plus, chez les jeunes qui se mettent à consommer
du hasch, il est encore assez difficile d'avoir des données vérifiables.
On ne peut mettre
en parallèle les fumeurs actuels de joints, en très grande majorité
de moins de 30 ans, avec les 60 000 morts par an de plus de 40 ans
qui meurent actuellement en France à cause du tabac, d'autant plus
qu'à l'hôpital, pour le moment, les statistiques ne différencient
pas les fumeurs et que le fumeur de joint devient aussi dépendant
de la nicotine. Il ne s'agit probablement pas non plus de comparer
un malheur à un autre, ce serait vraiment de très mauvais goût.
Personne ne se permettrait de dire à un manchot vous avez de la
chance de n'être pas cul-de-jatte, ni bien sûr à un cul-de-jatte
vous avez de la chance de n'être pas manchot !
Nicotine
et THC
On ne peut pas
non plus établir de comparaison entre la dépendance très prégnante
à la nicotine et l'accoutumance au THC, même si tous deux agissent
sur la structure cérébrale noyau accumbens. L'usager de cannabis
vit dans un état quelque peu euphorique et décalé, variable bien
sûr selon les individus et l'intensité de leur consommation, ce
qui n'a rien à voir avec l'état du fumeur de tabac, normalement
en phase avec la vie courante. Des jeunes d'ailleurs me disent j'arrêterai
peut-être le tabac, mais le cannabis jamais et si je leur demande
pourquoi ils répondent Mais le tabac, ça ne me fait rien !
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Un cliché
facile
Ainsi il me
paraît très risqué de se lancer dans des comparaisons de ce genre,
à moins d'en avoir bien précisé les conditions au départ. Mais la
plupart du temps ces conditions sont floues ou même inexistantes.
L'affirmation le cannabis est moins dangereux devient un cliché
facile qui risque au lieu d'aider à la prévention, d'induire une
consommation chez les jeunes qui comprennent le cannabis n'est pas
dangereux du tout. Ce serait bien le comble pour la prévention de
devenir ainsi incitation.
Un joint,
c'est comme un apéritif ?
Je reste aussi
perplexe devant les comparaisons un joint, c'est comme un apéritif,
un peu trop dans l'air du temps. C'est vraiment faire fi de l'action
masquée du THC dont la demi-vie dure 96 heures environ, soit 4 jours
minimum (voir fiche du Pr Trouvé).
De 4 jours en
4 jours, on n'élimine ainsi que la moitié du produit chaque fois
! Aussi un jeune qui réitère l'expérience toutes les semaines est-il
en permanence sous l'action du THC qui s'accumule dans les graisses
du cerveau, du foie et de tout l'organisme. Drogue lente s'il en
est, et qui plutôt que douce tue doucement le cerveau. Il est aisé
de distinguer l'usage festif, convivial et occasionnel d'un peu
d'alcool de temps à autre pour les gens qui n'ont pas de problème
avec l'alcool, de l'abus vraiment grave pour la santé et l'insertion
sociale.
Le fumeur
chronique est déconnecté
Cette même distinction
me semble beaucoup moins facile dans le cas du cannabis où le glissement
d'un usage dit récréatif à un usage nocif est beaucoup plus insidieux.
L'alcool soluble dans le sang s'élimine très vite et l'usager modéré
ne vit donc pas sous l'emprise de l'alcool. Si jamais il y a eu
écart, il s'en aperçoit vite, alors que si les occasions de fumer
un joint se répètent un peu trop souvent, le THC s'accumule dans
tout l'organisme sans que l'on s'en rende vraiment compte. On peut
bien plus facilement boire un petit peu d'alcool de temps en temps
sans déconnecter du temps ni de ses responsabilités que prendre
régulièrement un joint dont on ne mesure pas les effets dans le
temps.
Marie-Françoise
CAMUS


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