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Le cannabis moins dangeureux que
l'alcool et le tabac ?


Marie-Françoise Camus, présidente du PHARE, association affiliée à la FNAPT (Fédération Nationale des Associations Prévention Toxicomanie)

Lyon le 3 juin 2001

 

Les experts scientifiques font observer que la marijuana est bien plus cancérigène que le tabac.

Ainsi quand les dérivés du chanvre sont fumés, la pyrolyse engendre de nombreux autres produits. La fumée issue d'une cigarette de marijuana contient nettement plus de benzanthracène et de benzopyrène, hydrocarbures cancérigènes, que celle produite par une cigarette de tabac d'un poids égal.

Des comparaisons douteuses

Aussi permettez-moi une petite réflexion sur les conclusions du rapport Roques : le cannabis est moins grave que l'alcool ou le tabac. Que compare-t-on au juste ? S'il s'agit de comparer entre l'expérimentateur occasionnel d'un joint avec un malade qui meurt d'un cancer du poumon, évidemment c'est moins grave. S'il s'agit d'évaluer les morts que nous aurons dans 20 ans et plus, chez les jeunes qui se mettent à consommer du hasch, il est encore assez difficile d'avoir des données vérifiables.

On ne peut mettre en parallèle les fumeurs actuels de joints, en très grande majorité de moins de 30 ans, avec les 60 000 morts par an de plus de 40 ans qui meurent actuellement en France à cause du tabac, d'autant plus qu'à l'hôpital, pour le moment, les statistiques ne différencient pas les fumeurs et que le fumeur de joint devient aussi dépendant de la nicotine. Il ne s'agit probablement pas non plus de comparer un malheur à un autre, ce serait vraiment de très mauvais goût. Personne ne se permettrait de dire à un manchot vous avez de la chance de n'être pas cul-de-jatte, ni bien sûr à un cul-de-jatte vous avez de la chance de n'être pas manchot !

Nicotine et THC

On ne peut pas non plus établir de comparaison entre la dépendance très prégnante à la nicotine et l'accoutumance au THC, même si tous deux agissent sur la structure cérébrale noyau accumbens. L'usager de cannabis vit dans un état quelque peu euphorique et décalé, variable bien sûr selon les individus et l'intensité de leur consommation, ce qui n'a rien à voir avec l'état du fumeur de tabac, normalement en phase avec la vie courante. Des jeunes d'ailleurs me disent j'arrêterai peut-être le tabac, mais le cannabis jamais et si je leur demande pourquoi ils répondent Mais le tabac, ça ne me fait rien !

 

Un cliché facile

Ainsi il me paraît très risqué de se lancer dans des comparaisons de ce genre, à moins d'en avoir bien précisé les conditions au départ. Mais la plupart du temps ces conditions sont floues ou même inexistantes. L'affirmation le cannabis est moins dangereux devient un cliché facile qui risque au lieu d'aider à la prévention, d'induire une consommation chez les jeunes qui comprennent le cannabis n'est pas dangereux du tout. Ce serait bien le comble pour la prévention de devenir ainsi incitation.

Un joint, c'est comme un apéritif ?

Je reste aussi perplexe devant les comparaisons un joint, c'est comme un apéritif, un peu trop dans l'air du temps. C'est vraiment faire fi de l'action masquée du THC dont la demi-vie dure 96 heures environ, soit 4 jours minimum (voir fiche du Pr Trouvé).

De 4 jours en 4 jours, on n'élimine ainsi que la moitié du produit chaque fois ! Aussi un jeune qui réitère l'expérience toutes les semaines est-il en permanence sous l'action du THC qui s'accumule dans les graisses du cerveau, du foie et de tout l'organisme. Drogue lente s'il en est, et qui plutôt que douce tue doucement le cerveau. Il est aisé de distinguer l'usage festif, convivial et occasionnel d'un peu d'alcool de temps à autre pour les gens qui n'ont pas de problème avec l'alcool, de l'abus vraiment grave pour la santé et l'insertion sociale.

Le fumeur chronique est déconnecté

Cette même distinction me semble beaucoup moins facile dans le cas du cannabis où le glissement d'un usage dit récréatif à un usage nocif est beaucoup plus insidieux. L'alcool soluble dans le sang s'élimine très vite et l'usager modéré ne vit donc pas sous l'emprise de l'alcool. Si jamais il y a eu écart, il s'en aperçoit vite, alors que si les occasions de fumer un joint se répètent un peu trop souvent, le THC s'accumule dans tout l'organisme sans que l'on s'en rende vraiment compte. On peut bien plus facilement boire un petit peu d'alcool de temps en temps sans déconnecter du temps ni de ses responsabilités que prendre régulièrement un joint dont on ne mesure pas les effets dans le temps.

Marie-Françoise CAMUS




 

 

 

 
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