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Le professeur Lowenstein
: "Bière et cannabis, un mélange détonant"
Le professeur
William Lowenstein est directeur du Centre Monte-Cristo, service
de médecine des addictions de l'hôpital européen Georges-Pompidou
LE FIGARO -
D'après les tests des gendarmes, Stéphane Krauth avait fumé 5 grammes
de cannabis et bu des litres de bière. Quels effets cela a-t-il
pu avoir sur son comportement ?
Professeur Lowenstein
- A raison
de 1 ou 2 grammes par joint, on peut estimer qu'il avait fumé trois
joints. Après, tout dépend de la teneur en principe actif du cannabis.
S'il était dosé à 3% ou à 30%. La différence est la même qu'entre
du cidre et de la vodka. D'autre part, il faudrait savoir s'il était
un usager classique qui avait une tolérance au produit ou s'il était
un consommateur occasionnel. Quand on en prend depuis plusieurs
années, les effets sont moindres, on décolle moins de la réalité.
Enfin, la vitesse d'absorption entre en ligne de compte pour évaluer
les effets : avait-il bu et fumé cette quantité en deux heures ou
en 24 heures ? L'association du cannabis et de l'alcool peut-elle
occasionner des troubles de mémoire et donc des lacunes comme en
présente le récit de l'inculpé ? Est-il vraisemblable qu'il se souvienne
parfaitement de l'endroit où il avait laissé le corps alors qu'il
a oublié s'il était seul ou accompagné ? L'association du cannabis
et de l'alcool est un usage dur. D'après nos observations cliniques,
l'association amplifie l'effet de l'un et de l'autre. Pour le cannabis
qui est plutôt déconnectant, dissociatif, le risque de perte de
contact avec la réalité est majoré. Même phénomène du côté de l'alcool.
L'association avec le cannabis augmente ses conséquences néfastes
: les troubles de l'équilibre et de la coordination ainsi que la
violence. Qu'est-ce que cela donne sur le cerveau? On manque de
recherche en neuro-imagerie pour le dire. Mais on pense que de même
que l'adjonction de cocaïne et d'alcool donne une molécule particulière,
la coca éthylène, différente des deux produits seuls, de même, l'association
de cannabis et d'alcool pourrait donner une autre molécule dont
les effets sont différents. Deux drogues douces dont le mélange
est dur. Et les effets détonants.
Risque-t-il
d'avoir définitivement oublié certains épisodes, ou bien pourrait-il
encore se les rappeler ?
C'est très difficile
de répondre. Ce qui est sûr, c'est que ce mélange peut donner des
troubles de la mémoire. Mais quel type de mémoire est atteinte?
Est-ce que les événements ne se sont pas du tout imprimés sur le
disque dur de la mémoire ou bien ont-ils été enregistrés sans être
à présent disponibles ? On ne sait pas.
Qu'est-ce que
cette dose d'alcool et de drogue induit en terme de responsabilité
?
C'est comme
le mari qui bat sa femme sous l'emprise de l'alcool et qui le lendemain
se confond en excuses. N'empêche qu'un jour un juge décidera que
s'il sait qu'il est susceptible de perdre ses moyens en buvant,
il est responsable.
Propos recueillis
par Astrid de Larminat. Publié le 7 août 2001, page 5


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