Créé en
1973 par l'association Drogue et Jeunesse, le centre DIDRO est,
en quelque sorte, pionnier en ce qui concerne la prévention des
toxicomanies en France. Au départ organisme de renseignements
divers sur les pharmacodépendances (DIDR0 est un sigle qui veut
dire Documentation Information DROgues), le centre, fondé par
le père Gaston Lefebvre et sa collaboratrice Danny Marc, est vite
devenu de facto un lieu de formation des travailleurs sociaux
(éducateurs, assistantes sociales, psychologues, médecins généralistes
ou hospitaliers), un espace d'accueil des parents, une structure
de soins des toxicomanes, ou, plus exactement, d'accompagnement
thérapeutique et d'orientations "à la carte", selon la personnalité
du jeune reçu par une équipe pluridisciplinaire.
En fait, le
centre DIDRO a su devenir un espace d'échanges permettant à
toute personne confrontée, de près ou de loin, à la problématique
des toxicomanies de sortir de l'isolement et de dédramatiser le
problème tout en recherchant des solutions. Son centre de
documentation, de dimension européenne, voire internationale,
propose à la consultation plus de I200 ouvrages ou articles de
presse, sans oublier les mémoires universitaires. Sa librairie-DIDRO
diffuse une sélection de titres consacrés à la toxicomanie et
au sida, mais aussi aux problèmes connexes liés à l'adolescence
notamment.
Avec le centre
Marmottan, davantage "médicalisé", et quelques autres, DIDRO est,
par l'âge, l'un des "dinosaures" du système de soins prévus dans
notre pays pour les toxicomanes. Mais l'âge du calendrier n'est
pas toujours celui de la mentalité, de la créativité, de la souplesse
d'esprit. DIDRO, par ses fermes positions éthiques, d'inspiration
humaniste, mais institution laïque et inféodé à nulle Église ou
à nulle idéologie sectaire, n'a jamais cessé, en près de vingt-cinq
années d'aide humanitaire, de vouloir privilégier la singularité
de chaque personnalité et non la molécule chimique dans ses approches
de la personne toxicomane à aider.
Refusant d'être
soumis aux laboratoires inventeurs de "pseudo-médicaments-miracle-de-maintenance",
que ceux-ci s'appellent "Sprough-Truc" ou " Wel-corne-Machin
", DIDRO, tout en reconnaissant les bienfaits de produits
de substitution comme la méthadone pour environ 20 % de la population
toxicomaniaque française (les jeunes gens qui se sont chronicisés
dans leur pharmacodépendance), n'a cessé de mettre en garde les
pouvoirs politiques contre le miroir aux alouettes des "gélules
superwoman" (subutex en tête). En effet, on ne guérit
pas un drogué en lui donnant de la drogue, même s'il s'agit d'une
"drogue d'Etat" distribuée sous contrôle médical, devenu très
vite social et exclusivement répressif.
Au plan des
soins, le centre DIDRO accueille, écoute, accompagne, conseille,
soigne, aussi bien la tête et le corps, en complémentarité si
l'on ose dire. Le centre est réellement un carrefour de rencontres
proposant un éventail de possibilités d'accompagnement et de soins.
Ainsi, "son" oasis, centre transitionnel et holistique, constitue
un nouveau type de centre de postcure urbain, un lieu de vie et
d'ateliers de création (art-thérapie, sport, poésie, théâtre)
permettant d'accueillir une quinzaine de toxicomanes, dont six
places sont désormais réservées à des jeunes atteints du sida.
Ainsi, ses deux réseaux d'appartements thérapeutiques en ville
(le réseau "Pas un malade dans la rue" pour des jeunes sidéens
et le réseau "Hélicoptère" pour des patients en voie d'insertion
socioprofessionnelle) ne se contentent pas d'abriter le toxicomane
mais l'aident à s'habiter lui-même en quelque sorte.
S'appuyant
sur l'idée majeure exprimée par le Pr Claude Olivenstein, il y
a déjà bien des années, que la toxicomanie semble bel et bien
la rencontre d'une personne ave un produit dans un environnement
socioculturel donné, DIDRO ne veut oublier aucune des trois parties
du triangle considéré. Et si son équipe pluridisciplinaire (médecin
généraliste, psychanalyste jungien, infirmier, psychologue clinicien,
éducateur spécialisé, toxicothérapeute, volontaire "formé ", etc.)
a paru depuis 1993 très circonspecte quant aux traitements de
substitution à la drogue, c'est qu'elle se méfie des phénomènes
de mode, volages par définition, et qui sont souvent l'apanage
des abdications de I 'Etat face au fléau des toxicomanies.
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Les thérapies
naturelles, comme et sans doute mieux que les thérapies neuro-bio-chimiques
ont leur place dans la prise en charge des toxicomanes. Parce que
le toxicomane a une relation quasi fusionnelle avec un produit chimique
qu'il croit source de tous les plaisirs et qui s'avère source de
toutes les souffrances, il devient essentiel de lui permettre d'accéder
à un nouveau plaisir, naturel celui-là, le plaisir de vivre libre,
sans drogue, simplement, en aimant la beauté du monde, sa force,
en recherchant sa sagesse aussi.
La "didrotherapie" ne cesse de prôner une thérapeutique naturelle
passant par des techniques de relaxation, des conseils de nutrition
et de diététique, la restauration chez l'accueilli d'une certaine
confiance en lui-même et un soutien relationnel actif et vivant.
La didrothérapie
s'est édifiée en plus de vingt ans de pratique de terrain, en quelque
sorte. Elle n'ignore jamais l'interrelation étroite du somatique,
du psychique et du spirituel. Si son outil thérapeutique privilégié
reste la famille d'accueil - en ce domaine DIDRO est à l'avant-garde
avec son réseau national et ses stages de formation "ad hoc"
-, la didrothérapie s'efforce de ne jamais gommer le problème de
fond de la toxicomanie (de quel manque ontologique souffles-tu?)
pour "sauver les apparences sociales".
Tout en étant
vigilant sur la vogue-vague du "tout-substitutif ", le centre
DIDRO a été l'un des premiers à organiser une campagne en faveur
de l'usage prophylactique du préservatif au sein des populations
de toxicomanes (sous le slogan "La capote gratuite, c'est payant.")
dans l'objectif de faire barrage au plus vite à la contamination
par le VIH, et aussi l'un des premiers à prendre position pour l'organisation
d'échanges de seringues sur les lieux "chauds" de l'action toxicomaniaque,
toujours pour lutter contre la propagation du virus du sida, bien
entendu.
Toutefois, DIDRO,
en tant qu'"expert en prévention", n'a jamais voulu oublier que
prévenir la casse était toujours préférable à vouloir la limiter
quand on a accepté par laxisme que la casse soit une fatalité!
Bien sûr, DIDRO approuve toutes les mesures in situ visant
à réduire les dommages de la pratique toxicomaniaque, mais il se
refuse à penser que la prévention des toxicomanies est devenue inutile
parce que la prévention du sida serait prioritaire ! L'une ne va
pas sans l'autre, et chacun le comprendra de plus en plus dans les
années à venir.
Le centre DIDRO,
qui va aborder son quart de siècle d'existence et a aidé à se sortir
de toute assuétude de nombreux toxicomanes, insiste plus que jamais
sur le danger grave d'une "médicalisation" extrême de la problématique
toxicomaniaque.
Quant à la prévention,
c'est l'espoir du siècle qui s'annonce dans la mesure où les subventionneurs
d'Etat sauront ne pas oublier le rôle essentiel qu'elle peut ajouter
pour préserver des drogues les générations futures. Par d'incessantes
interventions en milieu scolaire, avec des outils inédits de pédagogie,
par l'élaboration de campagnes hardies de prévention au sein des
entreprises, même importantes (comme Peugeot, la SNCF, EDF, le CEA
de Saclay, etc.), par des actions de rue "ciblées" selon des méthodes
soigneusement adaptées, le centre DIDRO est un "incontournable"
défricheur de terrain. Il souhaite intensifier les coordinations
interinstitutionnelles afin de contribuer (à sa place) à une certaine
cohérence d'ensemble du système de prévention, de formation et de
soins des toxicomanes en Europe. Refusant d'être "expert en effets
d'annonce", DIDRO n'a jamais voulu s'arc-bouter sur des dogmes problématiques
pour défendre des intérêts corporatifs. Il n'ignore pas que, pour
venir à bout des toxicomanies, il faudra beaucoup chercher encore
et ne jamais céder sur les valeurs essentielles qui nous amèneront
à affirmer sans relâche qu'une dépendance aux drogues est toujours
une souffrance à combattre, un appel à entendre, un langage à comprendre,
une solitude à briser, un masque dissimulant une personne à aimer.
Extrait de Drogues, Eglise et Société,
Commission sociale de l'épiscopat, Centurion/Cerf, 1997

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