ETAT DES LIEUX
Les acteurs
Les dossiers
Histoire du débat
Les enjeux
philosophiques
     
ECLAIRAGES
Abcdaire des
drogues
Les drogues et les substituts
Votre enfant et la drogue
Toxicomanie et sida
Accompagner les toxicomanes
Que dit la loi ?
Toxicomanie et dopage
Tabac
     
ALLER PLUS LOIN
Plan du site
Des liens
La bibliographie
Nous écrire
Vous êtes ici : Accueil > Témoignage
TEMOIGNAGE

Le centre DIDRO :
Un quart de siècle d'aide humanitaire

Par Jean-Luc Maxence, directeur du Centre DIDRO

Créé en 1973 par l'association Drogue et Jeunesse, le centre DIDRO est, en quelque sorte, pionnier en ce qui concerne la prévention des toxicomanies en France. Au départ organisme de renseignements divers sur les pharmacodépendances (DIDR0 est un sigle qui veut dire Documentation Information DROgues), le centre, fondé par le père Gaston Lefebvre et sa collaboratrice Danny Marc, est vite devenu de facto un lieu de formation des travailleurs sociaux (éducateurs, assistantes sociales, psychologues, médecins généralistes ou hospitaliers), un espace d'accueil des parents, une structure de soins des toxicomanes, ou, plus exactement, d'accompagnement thérapeutique et d'orientations "à la carte", selon la personnalité du jeune reçu par une équipe pluridisciplinaire.

En fait, le centre DIDRO a su devenir un espace d'échanges permettant à toute personne confrontée, de près ou de loin, à la problématique des toxicomanies de sortir de l'isolement et de dédramatiser le problème tout en recherchant des solutions. Son centre de documentation, de dimension européenne, voire internationale, propose à la consultation plus de I200 ouvrages ou articles de presse, sans oublier les mémoires universitaires. Sa librairie-DIDRO diffuse une sélection de titres consacrés à la toxicomanie et au sida, mais aussi aux problèmes connexes liés à l'adolescence notamment.

Avec le centre Marmottan, davantage "médicalisé", et quelques autres, DIDRO est, par l'âge, l'un des "dinosaures" du système de soins prévus dans notre pays pour les toxicomanes. Mais l'âge du calendrier n'est pas toujours celui de la mentalité, de la créativité, de la souplesse d'esprit. DIDRO, par ses fermes positions éthiques, d'inspiration humaniste, mais institution laïque et inféodé à nulle Église ou à nulle idéologie sectaire, n'a jamais cessé, en près de vingt-cinq années d'aide humanitaire, de vouloir privilégier la singularité de chaque personnalité et non la molécule chimique dans ses approches de la personne toxicomane à aider.

Refusant d'être soumis aux laboratoires inventeurs de "pseudo-médicaments-miracle-de-maintenance", que ceux-ci s'appellent "Sprough-Truc" ou " Wel-corne-Machin ", DIDRO, tout en reconnaissant les bienfaits de produits de substitution comme la méthadone pour environ 20 % de la population toxicomaniaque française (les jeunes gens qui se sont chronicisés dans leur pharmacodépendance), n'a cessé de mettre en garde les pouvoirs politiques contre le miroir aux alouettes des "gélules superwoman" (subutex en tête). En effet, on ne guérit pas un drogué en lui donnant de la drogue, même s'il s'agit d'une "drogue d'Etat" distribuée sous contrôle médical, devenu très vite social et exclusivement répressif.

Au plan des soins, le centre DIDRO accueille, écoute, accompagne, conseille, soigne, aussi bien la tête et le corps, en complémentarité si l'on ose dire. Le centre est réellement un carrefour de rencontres proposant un éventail de possibilités d'accompagnement et de soins. Ainsi, "son" oasis, centre transitionnel et holistique, constitue un nouveau type de centre de postcure urbain, un lieu de vie et d'ateliers de création (art-thérapie, sport, poésie, théâtre) permettant d'accueillir une quinzaine de toxicomanes, dont six places sont désormais réservées à des jeunes atteints du sida. Ainsi, ses deux réseaux d'appartements thérapeutiques en ville (le réseau "Pas un malade dans la rue" pour des jeunes sidéens et le réseau "Hélicoptère" pour des patients en voie d'insertion socioprofessionnelle) ne se contentent pas d'abriter le toxicomane mais l'aident à s'habiter lui-même en quelque sorte.

S'appuyant sur l'idée majeure exprimée par le Pr Claude Olivenstein, il y a déjà bien des années, que la toxicomanie semble bel et bien la rencontre d'une personne ave un produit dans un environnement socioculturel donné, DIDRO ne veut oublier aucune des trois parties du triangle considéré. Et si son équipe pluridisciplinaire (médecin généraliste, psychanalyste jungien, infirmier, psychologue clinicien, éducateur spécialisé, toxicothérapeute, volontaire "formé ", etc.) a paru depuis 1993 très circonspecte quant aux traitements de substitution à la drogue, c'est qu'elle se méfie des phénomènes de mode, volages par définition, et qui sont souvent l'apanage des abdications de I 'Etat face au fléau des toxicomanies.

 

Les thérapies naturelles, comme et sans doute mieux que les thérapies neuro-bio-chimiques ont leur place dans la prise en charge des toxicomanes. Parce que le toxicomane a une relation quasi fusionnelle avec un produit chimique qu'il croit source de tous les plaisirs et qui s'avère source de toutes les souffrances, il devient essentiel de lui permettre d'accéder à un nouveau plaisir, naturel celui-là, le plaisir de vivre libre, sans drogue, simplement, en aimant la beauté du monde, sa force, en recherchant sa sagesse aussi. La "didrotherapie" ne cesse de prôner une thérapeutique naturelle passant par des techniques de relaxation, des conseils de nutrition et de diététique, la restauration chez l'accueilli d'une certaine confiance en lui-même et un soutien relationnel actif et vivant.

La didrothérapie s'est édifiée en plus de vingt ans de pratique de terrain, en quelque sorte. Elle n'ignore jamais l'interrelation étroite du somatique, du psychique et du spirituel. Si son outil thérapeutique privilégié reste la famille d'accueil - en ce domaine DIDRO est à l'avant-garde avec son réseau national et ses stages de formation "ad hoc" -, la didrothérapie s'efforce de ne jamais gommer le problème de fond de la toxicomanie (de quel manque ontologique souffles-tu?) pour "sauver les apparences sociales".

Tout en étant vigilant sur la vogue-vague du "tout-substitutif ", le centre DIDRO a été l'un des premiers à organiser une campagne en faveur de l'usage prophylactique du préservatif au sein des populations de toxicomanes (sous le slogan "La capote gratuite, c'est payant.") dans l'objectif de faire barrage au plus vite à la contamination par le VIH, et aussi l'un des premiers à prendre position pour l'organisation d'échanges de seringues sur les lieux "chauds" de l'action toxicomaniaque, toujours pour lutter contre la propagation du virus du sida, bien entendu.

Toutefois, DIDRO, en tant qu'"expert en prévention", n'a jamais voulu oublier que prévenir la casse était toujours préférable à vouloir la limiter quand on a accepté par laxisme que la casse soit une fatalité! Bien sûr, DIDRO approuve toutes les mesures in situ visant à réduire les dommages de la pratique toxicomaniaque, mais il se refuse à penser que la prévention des toxicomanies est devenue inutile parce que la prévention du sida serait prioritaire ! L'une ne va pas sans l'autre, et chacun le comprendra de plus en plus dans les années à venir.

Le centre DIDRO, qui va aborder son quart de siècle d'existence et a aidé à se sortir de toute assuétude de nombreux toxicomanes, insiste plus que jamais sur le danger grave d'une "médicalisation" extrême de la problématique toxicomaniaque.

Quant à la prévention, c'est l'espoir du siècle qui s'annonce dans la mesure où les subventionneurs d'Etat sauront ne pas oublier le rôle essentiel qu'elle peut ajouter pour préserver des drogues les générations futures. Par d'incessantes interventions en milieu scolaire, avec des outils inédits de pédagogie, par l'élaboration de campagnes hardies de prévention au sein des entreprises, même importantes (comme Peugeot, la SNCF, EDF, le CEA de Saclay, etc.), par des actions de rue "ciblées" selon des méthodes soigneusement adaptées, le centre DIDRO est un "incontournable" défricheur de terrain. Il souhaite intensifier les coordinations interinstitutionnelles afin de contribuer (à sa place) à une certaine cohérence d'ensemble du système de prévention, de formation et de soins des toxicomanes en Europe. Refusant d'être "expert en effets d'annonce", DIDRO n'a jamais voulu s'arc-bouter sur des dogmes problématiques pour défendre des intérêts corporatifs. Il n'ignore pas que, pour venir à bout des toxicomanies, il faudra beaucoup chercher encore et ne jamais céder sur les valeurs essentielles qui nous amèneront à affirmer sans relâche qu'une dépendance aux drogues est toujours une souffrance à combattre, un appel à entendre, un langage à comprendre, une solitude à briser, un masque dissimulant une personne à aimer.

Extrait de Drogues, Eglise et Société, Commission sociale de l'épiscopat, Centurion/Cerf, 1997

s