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TEMOIGNAGE
Ecstasy :
et pourtant Johann aimait la vie...

Par Jean-Christophe JANIN , père de Johann, Lyon

Un jour de l'automne dernier, mon fils a choisi de quitter ce monde. Il avait 20 ans. Je n'épuiserai sans doute jamais toutes les interrogations sur son suicide, qui renvoie à son histoire et à notre histoire familiale. (...) Mon fils semble avoir subi un effondrement psychique brutal.

Son ultime lettre me conforte dans cette idée quand il évoque la cause possible de son acte par " les quelques trips qu'il a pris dans sa vie ". Son meilleur ami renforce mon avis en parlant de "retour d'acide ". (...) Johann était heureux, il aimait la fête. Je ne saurai jamais exactement ce qu'il avait consommé : ecstasy, LSD, amphétamines (...), mélanges impurs, voire mort-aux-rats. Lui non plus, hélas, ne l'a pas su !

Johann aimait la vie intensément. Fragilisé par la rentrée universitaire, privé de ses amis, le produit toxique a sans doute été le détonateur de son geste qu'il a accompli dans un moment d'égarement et de confusion où il a perdu contact avec la réalité.

J'avais mis en garde mon fils par rapport à la drogue. Il m'avait affirmé qu'il ne tomberait pas dedans. Il pensait sans doute à la drogue dite dure : héroïne avec seringue... La mise au point de ces nouvelles drogues va bouleverser le fonctionnement de la société parce qu'elles sont faciles à fabriquer, faciles à faire circuler, faciles à absorber.

Le danger de ces produits de synthèse réside dans le fait qu'ils se consomment comme des bonbons, dans des lieux festifs. Il n'existe plus de rituel quant à leur prise. Ainsi, l'utilisateur ne se trouve plus en rupture de société et se croit quelque peu protégé. Ce comportement devient banalisé et démystifié. Il y a urgence d'en prendre conscience. (...)

Puisse la disparition de mon fils alerter les familles et les jeunes sur ce terrible fléau.

JEAN-CHRISTOPHE JANIN, Lyon. Le courrier des lecteurs, Nouvel Obs n°1843