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Quand
le cannabis rend fou
Patrick,
19 ans, étudiant en BTS, a voulu fumer du cannabis. Ses copains
lui roulent un double " joint ". Dans son délire, il saute du troisième
étage.
Par Françoise Lemoine Le Figaro du 4 avril 2000
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Un lycéen
parisien sur deux a déjà fumé du cannabis. Deux sur trois en province.
Mais, alors que les pouvoirs publics eux-mêmes laissent entendre
aujourd'hui que cette drogue est moins dangereuse que l'alcool
ou le tabac, un drame vient de démontrer le contraire. Patrick,
19 ans, étudiant en BTS, a voulu fumer du cannabis. Le 15 mars,
à l'heure du déjeuner, le jeune homme se rend au domicile de son
camarade de classe à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne). Dans la
cuisine, ses copains lui roulent un double " joint ". Il tire
quelques bouffées et vit aussitôt un cauchemar : tachycardie,
hallucinations, gorge sèche. Il devient fou. Dans son délire,
il saute du troisième étage. Aujourd'hui, Patrick est paralysé
des jambes. Paraplégique. C'était la première fois qu'il consommait
du " shit ". " Mon fils ne s'est pas méfié, raconte
sa mère, encore sous le choc. Tout le monde s'accorde à dire que
le cannabis est inoffensif Ses camarades tentaient toujours de
le convaincre de fumer. Pour avoir la paix, il a essayé. Il jugeait
cela comme une expérience. Seulement il ne savait pas ce qu'il
fumait. De toute façon, il n'y connaissait rien. " Et d'ajouter:
" C'est un drame dans notre famille. Tout souriait à Patrick.
C'était un bon élève. Heureusement il est extrêmement courageux,
mais psychologiquement cette affaire l'a démoli. "
Le débat
sur les drogues dites "douces"
Les parents
ont décidé de se porter partie civile. Les deux amis qui accompagnaient
Patrick ont été mis en examen pour blessures involontaires et
cession de stupéfiant. Cette affaire relance le débat sur les
drogues douces.
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D'autant qu'une
résine de cannabis de plus en plus forte arrive sur le marché en
France. Les jeunes préfèrent de beaucoup celle en provenance des
Pays-Bas, " plus pure ", jugent-ils, que la marocaine. Mais
elle peut contenir 14 % de delta 9 THC (tétra-hydrocannabinol).
Et c'est là le danger. " Cette forte concentration de cannabis
est inquiétante ", commente un procureur de Créteil (Val-de-Marne).
Les analyses effectuées sur la victime ont révélé que cette herbe
hollandaise était concentrée à près de 15 % en cannabioïde. En fait,
ses amis lui avaient concocté une " moustache ", c'est-à-dire deux
joints collés avec un ticket de métro. A la Mission interministérielle
de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), on ne cache
pas son embarras. La présidente, Nicole Maestracci, a toujours souhaité
dédramatiser la banalisation du cannabis. " Mieux vaut s'inquiéter
de la dépendance et de la polyconsommation ", déclarait-elle
au Figaro l'été dernier. Hier, elle n'a pas souhaité faire de commentaire:
" Nous n'avons pas suffisamment d'éléments ", répondait pour
s'excuser son service de communication.
Le cannabis
peut devenir hallucinogène
Reste que cette
affaire prouve bien que le cannabis peut être aussi une drogue hallucinogène.
En présentant au mois de février le rapport 1999 de l'OICS (Organe
international de contrôle des stupéfiants), le préfet Jacques Franquet
s'alarmait justement du cannabis à forte concentration. " On
ne met pas suffisamment l'accent sur la dangerosité de ce produit,
déplorait-il. Les politiques dénoncent les problèmes liés à la santé
publique et à l'écologie, mais ne s'élèvent pas contre la consommation
de cannabis. Les variétés sont pourtant de plus en plus fortes.
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