"Une rave,
c'est tout sauf sympa !" Telle est la conclusion de Patrick Lijeour,
maire de Paule, petite commune des Côtes-d'Armor, qui a subi l'invasion
de 30 à 40 000 "raveurs", en marge du Festival des Vieilles Charrues
qui se déroulait à 15 km de là, à Carhaix, du 19 au 22 juillet.
Pendant 3
jours, les "teufeurs" ont établi leur campement sur deux vastes
prairies et les murs d'enceintes ont déversé sans arrêt leur musique.
La pluie s'étant mise de la partie, le site est devenu un gigantesque
bourbier jonché d'ordures, dominé par une odeur nauséabonde.
Pour les habitants
de la commune, c'est une expérience dramatique. "Maintenant, je
suis comme au lendemain de l'ouragan de 1987, vidé," témoigne
l'un d'entre eux au journaliste de l'Ouest-France. Un agriculteur
exprime son dégoût : "en trois jours, on a vu tout ce qui est
interdit se dérouler sous nos yeux … Nous avons dû monter la garde
toute la nuit dans le hangar de mon voisin. Ils avaient froid,
ils voulaient faire du feu … ça nous rend tous malades ici".
Un père de
famille témoigne lui aussi :"mes enfants grandissent. Je commence
à les mettre en garde contre la drogue. Pendant trois jours, ils
ont tout vu de leur chambre. Des gens en train de se piquer, de
dealer. Et le reste …". La drogue …
Quatre dealer
ont été arrêtés à Chateaulin : ils avaient de la cocaïne et de
l'héroïne dans leur voiture et une somme de 62 000 F, leur vente
du week-end."La
drogue se vendait à ciel ouvert comme à la criée," déclarent-ils
pour se disculper. Ils n'étaient évidemment pas les seuls à commercer.
Bien sûr, tous les "teufeurs" n'étaient pas là pour se droguer.
Le journaliste
demande au maire : "qu'est ce qui vous gêne le plus dans un rassemblement
comme le teknival ?" La réponse est celle du bon sens : "c'est
de voir des jeunes qui pourraient être mes enfants venir là sans
avoir forcément envie de consommer de la drogue. Mais une fois
arrivés ici, ils ont tout ce qu'on peut imaginer à leur disposition.
|
 |
Le dernier jour
les cachets d'ecstasy étaient vendus à 5 F seulement. J'ai peur
que des jeunes d'à peine 18 ans ne résistent pas à un, deux ou trois
week-end comme celui-ci … il faut arrêter les discours lénifiants
du type, les raves c'est sympa … je pense à tous ceux dans l'Education
nationale, dans les associations ou ailleurs qui dépensent beaucoup
d'énergie à faire de la prévention. En un week-end tout ce travail
est réduit à néant".
Autre question
: "qui finance ces rassemblements ?" Car il faut bien de l'argent
pour mobiliser le matériel, le transporter, le mettre en place.
Qui paie tout cela ? Les marchands de drogue ? Toutes questions
ou observations qui pourraient être transmises à notre ministre
de l'Education nationale ou au Secrétaire d'Etat à la Santé et à
tous les députés qui ont refusé de mettre en place le moindre contrôle
des raves.
Les services
publics se sentent évidemment concernés : la préfecture a mobilisé
pompiers, gendarmes, CRS et personnel de l'Equipement, grâce à quoi
"aucun incident grave n'a été à déplorer. L'attitude responsable
des habitants et des élus locaux a permis aux forces de l'ordre
d'éviter tous les débordements".
"Triste lendemain
de rave à Paule," titre l'Ouest-France. Tristes fêtes où nos enfants,
par dizaines de milliers, s'enfoncent dans la culture de mort. La
fête voisine, "officielle," des Vieilles Charrues d'où sont venus
une bonne partie des raveurs est, elle aussi, marquée par la mort
: une jeune homme de vingt-quatre ans est écrasé par un camion,
le lundi matin. Il dormait, enveloppé dans des sacs poubelles, sur
le site des concerts rock. Qui redonnera à notre jeunesse le goût
de la vie ?
Jean Flouriot
est géographe, il a passé ses vacances à proximité
du lieu de la rave


|